Les chevaliers à la triste figure

 

 

 

(les liens vers les captures d'écran illustrent le propos...)

 

Le dernier British open, suivi à la télévision, m’a rappelé un titre de  film : Quelque chose comme « Le monsieur dans le bunker, avec des lunettes et un sand-wedge » ou « La solitude du golfeur de fond ».

Au Royal Lytham, à la place de la solitude, on aurait pu dire la « déprime » ou la « mélancolie »....

Quelle ambiance...J’ai à peine regardé la fin...


Imaginons une coupe du monde de Foot où les joueurs marqueraient des buts somptueux sans esquisser le moindre sourire, la moindre accolade, le moindre bisou…Où on les verrait soulever le trophée avec des mines façon Droopy malade, puis quitter précipitamment le terrain sans le moindre tour d’honneur ou la moindre manifestation de plaisir.

 La dite compétition aurait disparu depuis longtemps de la surfaçe de la planète...

 

 Mais qu’est ce qu’ils avaient tous, ces millionnaires en Dollars (en Euros ?) à tirer une gueule pas possible sur les fairways, comme s’ils avaient avalé quinze tartines de triples bogeys le matin au petit déjeuner...

C’est donc déprimant à ce  point de jouer sur un links de rêve, avec une température clémente, des milliers de spectateurs qui ne sifflent jamais et qui applaudissent tout le temps, pas un poil de vent pour vous agacer, quelques dizaines de bunkers profonds, pour que ça ne soit pas trop facile, et un caddie dévoué pour vous porter le sac, compter vos clubs ( quand il est à jeun...) et supporter vos sautes d’humeur.

 

La palme (et la coupe) à David Duval, morne plaine comme jamais, masque de fer et lunettes de skieur soudées sur le nez, chewing-gum bien calé entre les incisives et la lèvre inférieure, expressif comme la façade de la prison de la Santé, Boulevard Arago, Paris 14 eme...Un monstre de concentration ?

Oui. Effectivement, ça a quelque chose de monstrueux...

Il est content d’avoir gagné enfin son premier tournoi du Grand Chelem ? On ne le saura jamais...A peine s’il a daigné soulever ses verres fumés, et esquisser un léger rictus après s’être débarassé de son dernier putt au 18. Certes sa vie personnelle n’a pas été toujours rose, et ça laisse des traces...Mais tout de même...A ce point ?...

 

 

 

Et Langer ! Ah Langer... Un vrai poème...Celui là, il est mûr pour le musée Grévin. Pas la peine de le copier en masque de cire, c’est déjà fait. Y a plus qu’à le prendre, et le poser tel quel sur le support. Voilà déjà un problème de réglé.

Sa méthode est simple : Pas d’alcool, pas de tabac, pas de folies de son corps, pas de chocolat, pas de  vacances, pas de fantaisies, pas de sorties le soir, pas de frites, pas de coca, parler le moins possible, sourire trois fois par an, garder les lèvres pincées et les yeux mi-clos fixés sur l’objectif en permanence, taper des balles, putter, taper des balles, putter, taper des balles, dormir, manger léger, footing, gymnastique, séries d’abdominaux, taper des balles, putter, taper des balles...Ah si ! de temps en temps, une petite folie : déguster lentement une ou deux bananes sur le parcours...Mais surtout, surtout : garder le « masque ».

 

Montgomerie s’est bien laissé aller à quelques sourires polis, les deux premiers jours, quand les putts rentraient, mais ceux qui croyaient que c’était arrivé en ont eu pour leurs frais les malheureux...Une ou deux virgules, suivies d’un grand écart dans un bunker vicieux, et voilà cette gracieuse expression de pitt-bull écossais en colère qui revient sur son visage poupon, comme la malaria revient, à la saison des pluies, dans les marécages qui bordent le lac Tanganyka...

Ne clignez pas des yeux quand il se met à l’adresse, c’est la colère ! Il se relèvera en montrant les crocs et tentera de vous massacrer du regard...( manquerait plus qu’il morde !)

Pas loin derrière, y avait l’ami Clarke (Darren « pourquoi-tu-tousses » pour les  intimes), arborant un sourire jaune de circonstance, du style : « j’y arrive pas aujourd’hui, c’est-comme-ça-c’est-pas-autrement » et traînant ses 110 kilos comme toute la misère du monde, le barreau de chaise « made in Havana » au coin des lèvres.On le voyait frapper la balle comme une mule, et la regarder rouler dans les bunkers avec cette résignation sereine des joueurs  qui ont déjà tout vécu et qui savent se tenir en la circonstance...

Puisqu’on vous dit que c’est un boute-en-train...

 

 

Pas loin non plus, l’ami Retief ! Souvenez vous : Le grand blond tristounet qui s’était pris trois putts comme les copains au 72 eme trou de l’US Open...Vous voyez qui je veux dire ?...Ca ne lui avait fait ni chaud ni froid ! Une bonne nuit de sommeil, breakfast et play-off tranquille le lendemain, comme on va faire ses courses au supemarché du coin...Et hop ! Je soulève mon putter de dix centimètres pour bien montrer que je suis content, et je remonte dans l’avion, direction Loch Lomond...

La routine, quoi... 

Tiens, même le gentil Sergio qui n’avait plus goût à rien...Même pas à faire l’intéréssant...Pas le moindre soupçon de cabotinage, pas le plus petit saut de cabri, la plus infime pirouette, le plus anecdotique coup de génie...Que dalle...Juste un gamin crispé, pianotant désespérément sur un grip de plus en plus court, la casquette de travers et l’USPGA  déjà dans la tête...

Et Ernie !...Il était pas loin Ernie, finalement, comme toujours...Avec son air de  pas y toucher et sa gestuelle nonchalante ( Un jour, il s’endormira au sommet de son backswing... )

 

Encore une chance, pas d’Olazabal à l’horizon...Parce que dans le genre « Chevalier à la triste figure », on avait ce qu'y fallait avec Jimenez...

 

Bon. Côté Français, on avait eu Jeannot à Carnoustie, façon comique involontaire, mais ça peut pas être la fête tous les jours...Là, il est pas dans une grande année... Ca va revenir...

Jacquelin fut mieux, mais resta sur une prudente réserve...il en sortira peut-être un jour, mais quand même, comptons pas trop sur lui pour prendre la relève de Trevino...

Manquait que  Levet pour mettre un peu l’ambiance, façon Hale  Irwin, ou Zavatta...

Il en rajoute côté zin-zin ? Un peu, mais c’est pas pire que les pantalons ou les casquettes de Parnevik (Jesper qu’il le gagnera un jour ce tournoi...)...Et on en redemande ! En tout cas le racingman, au moins, il fait un effort...Alors British Open, British Masters...c’est presque pareil, non ?

Non ??...

Il reviendra, lui aussi, et pas seulement pour rigoler !

 

Avec tout ça, j’ai failli oublier la cerise sur le gâteau ! Le tigre !Même quand rien ne fonctionne, il se débrouille pour finir dans les 25 premiers, en déroulant nimporte quoi...

On se demande...

On se demande comment une pareille concentration de force, de talent, de technique, d’expérience, de souplesse, d’énergie, de feeling, de travail, de mental, de motivation, et de tout ce que voulez peut se retrouver à aligner les slices les uns derrière les autres, comme vous et moi, le dimanche, la semaine, et même les jours fériés aussi...On se demande...

Lui même se le demande encore, d’ailleurs, et ça donne  des cauchemars à Butch Harmon ...

Imaginez : Les fées qui se penchent sur votre berceau, plus huit heures de golf par jour depuis l’âge de tout petit, et pas moyen de taper un drive sans risquer d’envoyer une brochette de spectateurs à l’infirmerie...

Ca vous ferait marrer, vous ? Non. Eh bien, lui non plus...

 

Allez : Le spectacle est simplement reporté : on baisse le rideau, et à la prochaine...

 

Amis joueurs professionnels, sachez le bien : Au golf, la plupart des spectateurs sont aussi des pratiquants. Ils savent qu’on souffre sur un parcours, rassurez-vous, ils compatissent ! Et ils viennent en masse vous voir souffrir comme eux, dans un silence religieux. Une espèce de communion si vous voulez...

Mais pas seulement ! Dieu merçi !

Comme leur nom l’indique, ils viennent aussi pour le spectacle, les spectateurs ! Sur le terrain comme à l’écran, ils préfèrent suivre les joueurs vivants, pas les zombis !

Observez le jeu des caméras sur le circuit US : Le joueur frappe sa balle, elle suit son petit bonhomme de chemin, et immédiatement après, on cadre en gros plan sur le visage.

Pourquoi ?

Tout bêtement parce que le réalisateur sait parfaitement que le téléspectateur attend une expression sur le visage du joueur ! Il attend de voir s’il y a quelque chose  de vivant derrière le masque de la formidable machine à taper des balles et à fabriquer des billets verts ! Il attend des rires et des larmes, des joies et des peines, de hochements de tête et des poings brandis, des colères et des pirouettes, des angoisses et des sauts de joie !

De la mimique, que diable !

A Lytham, on était venu voir le panache blanc de Cyrano, et on nous a servi les lunettes noires de David Duval...

J’éxagère...il a quand même fait la bise à l'aiguière d'argent, et il a lâché spontanément "I feel good !"

Et puis, il n’y a pas eu que ça...Heureusement...

Heureusement il y a eu l’albatros de Greg Owen, un éclair dans les dunes, la seule ovation de tout le tournoi, une des rares véritables manifestation de plaisir entr’aperçues. Et les pantalons de Parnevik, hein ?...Le grand écart de Montgomerie...Les 15 clubs de Woosie...

Woosie...

Un Woosnam de contrebande, pas décidé à prendre sa retraite, rondouillard comme aux plus beaux jours, la malice dans le regard,  la foudre dans  les avants-bras,  la clope au bec, et le fighting-spirit dans le ventre, giflant rageusement la balle avec ses longs fers, et sortant des bunkers avec un toucher de dentellière.

C’est pas Montgomerie qui le voulait le plus ce tournoi, c’est lui.

Mais voilà...A force de mettre l’ambiance au bar du club-house, le cerveau ne suit plus. On compte 8 clubs dans son sac, on en rajoute 7 , et ça fait, heu… 14 ?...Plus deux points de pénalité...Une bonne façon de rentrer dans l’histoire...

 

 

Quand tout le monde aura oublié le masque déprimant de David Duval, tout le monde se souviendra des 15 clubs du petit Gallois, comme on se souvient de la mauvaise carte de Roberto de Vicenzo au Masters ( qui se souvient du vainqueur ?) ; De l’air-shot d’Irwin sur un putt de 10 cm ( toujours au British Open, mais qui se souvient du vainqueur ?), ou encore, de ce petit putt raté de Doug Sanders, always british, sauf que là, je me souviens du vainqueur : Vous savez, c’est ce type que Trevino a passé toute sa vie à essayer de décoincer, sans jamais y parvenir...Un certain Nicklaus, oui, oui, c’est ça, Jack Nicklaus ! Lui aussi, quand il venait au British Open, c’était pas  pour rigoler...

 

publié dans "golf et tourisme" de sepembre 2001

 

Patrick Micheletti

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Samuel et Gary


 

 

 

 
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